14.01.2012
Alors aujourd'hui
Prendre l'appareil et composer le numéro, non. Savoir que de l'autre côté tout est entendu. Parfois juste parler c'est au-dessus du langage : on évite d'ouvrir les vannes qui menacent de ne plus s'arrêter. L'heure du nettoyage, fixé, planifié. Un objectif ou l'autre dont on ne sait finalement rien. Des croisements de route, des chemins à choisir. Un maintenant reporté. Jusqu'alors. Une forme de sagesse au fond qui tapote l'épaule. Va ma fille, va ma chérie. Où qu'on aille on y va autrement quand a passé le temps. Quelles années, quelles épreuves, quelles conclusions. Va ma fille. Je n'ai pas d'exemple devant. Je n'ai pas connu ce à quoi j'aspire. Pratiquer le terrain sur une base intuitive, juste un peu de bouteille pour éviter les cratères. Un appel, un rendez-vous. Un silence patient : demain on parle. Demain on pleure. Demain le calme.
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13.01.2012
Ce qu'Emiliana dit
J'entends dans la voix des paroles que je ne comprendrais pas sans cette intonation, cette belle façon - une douceur incertaine, toujours une voix qui avance sur du velours, ça craque un peu sous les pas, on voit à peine devant, mais on avance quand même - de dire l'amoureuse qui occupe un corps habillé de robe, des heures passées sur des talons, pour se grandir et aussi je crois, pour un homme. J'entends dans leurs voix, de la ronde Emiliana ou de la bombe Shakira, des oublis qui les laissent en reste. Posées sur une étagère, jolis bibelots négligés, égratignés par un emploi du temps qui ne les prévoyait plus au menu. Elles aussi, elles, elles toutes de la plus simple à la plus jolie. Quelques regrets qui souffrent encore de n'être pas repris en main, choyés comme on se promet des lendemains. Elles chantent, on pleure. C'est l'écoute qui crée ce fil conducteur. Elles chantent nos pleurs, les leurs, comme un ensemble qui tourne, nettoie, revisite. J'entends Emiliana. Elle fait rire son public. On aime parfois entrer par la petite porte, on plie nos beaux costumes pour qu'ils prennent peu de place. Elle entre toute petite et amuse la galerie. Puis du bout de la voix elle dit.
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06.01.2012
Renouer
Regarder nos murs relire Catherine, reprendre les mots et se voir dans le tableau. Tout va mieux tout sait, mais dedans les morceaux se promènent encore. Comme à Mons quand on riait sur des nappes asiats, un appareil dans la main pour constater : oui, on est bien. Dedans il y avait le bruit des pièces en attente, comme aujourd'hui, on espère demain, on se sent mieux qu'hier. Et tellement.
C'est en visitant cet autre visage d'il y a longtemps que je me retrouve entière, je renoue, je renoue vraiment, dedans moi se renoue. J'étais aimée et belle, je suis toujours la même. Je suis encore elle. Je renoue dans les yeux de cet autre, jeune, nous deux, ados. Je vois dans le noir qui brille, je me vois, cette fille. Il reflète. Je renoue, la simplicité, la joie, la spontanéité. Je renoue. La confiance. La confiance. est-ce que tu te rappelles, agota, la confiance. Demain, l'avenir, le bonheur, le grand avenir, le doux présent. Les gens qu'on aime, la douceur du vent. La confiance en tout ça agota, la confiance en toi. Tu te rappelles? Ils me disent ça, ses yeux, je me dis ça à travers ses yeux, je me réponds oui à travers ses yeux. Que c'est bon. Renouer, un bout de soi dans son passé, c'était donc là que je pouvais chercher : plus loin. Plus loin que l'an dernier, l'an d'avant, les erreurs, le vilain : bien plus loin. Chercher le bonheur dans le fond de mes veines, chercher le bonheur quand ma vie a été la mienne, pas juste tout près : mais tout du long, tout le temps, et donc quand c'était heureux tout autant.
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05.01.2012
cabane
plus personne ne vient, même pas moi. en cachette des jours, au nom de tous les mois qui ont passé. attendre peut-être que l'on change d'année. endroit souillé, attendre, cachée, que tout le monde soit parti. c'était chez moi et ils n'avaient rien à faire ici. le temps file, souffle, doucement. je repense souvent aux choses racontées, lues, commentées, vécues, les photos, les discussions, les échanges, la vie parallèle...
puis plus rien
juste un mouchoir sali, montré comme un animal de foire, démonté comme un cirque, poussé à l'abandon. le démarrage masculin a eu l'éclat du pétard mouillé puis plus rien.
Déménagé.
rien
Pourtant quand les choses arrivent et que c'est à elle que je voudrais écrire, à elle, lui, à eux, aux photos de l'une, aux souvenirs de l'autre, les dessins, les Chut ne dis rien, c'est à cet endroit-ci que je pense
ma cabane
habitée par nous
était ma voix
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sourire
Les fouilles du carnet de bal, apnée, racines, ce qu'on veut. Toujours la colère d'autres regards ici, puis revoir le visage de ce gars, qui avait tout compris, comme la répétition pour les grands sentiments. Revoir le visage du jeune motard aux joues rouges, 17 ans, frais, souriant. Toute la route, tout ce chemin, pour un café dans la cuisine, maman au salon. Le visage frais de Pierre, inchangé, une vie plus tard.
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