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jui 10, 2008
Et pourtant je ne suis pas communiste
Il a appelé et a dit "Vous" "Je ferai de mon mieux" "Ah oui, c'est une bonne idée" "Ca ira?" "Je peux rien vous garantir, je suis désolé". Il est poli et désolé. Et comme à chaque fois, depuis le 5 juin, mon attitude est la même : maman m'a bien élevée. Leurs airs de "Je serai chez moi pendant que vous serez ici" : à quand la prochaine fois ? Une belle serrure, un beau verrou. Un truc en fer qui résiste aux béliers. Qu'ils s'arrachent l'épaule à cette maison qui est la mienne. Peu m'importe les ondes qu'ils laissent traîner. Il a dit vendredi, et j'ai dit oui.
Puis avec Robert : "Je passe après toi, il m'a demandé de te laisser le temps". Ils me laisseront le temps. De quoi ? Sortir de prison pour aller à la police, voilà un circuit peu banal. Mais il a dit "Je ferai de mon mieux" et je le crois. Alors peut-être que vendredi soir, des objets arriveront ici qui devront être donnés. Parce que leurs mains se seront posées dessus, et que ça a tout sali. Si je pouvais changer les escaliers je le ferais. Bientôt le 24, son anniversaire. Et d'autres en vacances. C'est comment un annif en taule ?
Il a parlé avec les autres : un disait qu'il avait acheté un perco. Il a dit : j'attends avant de m'installer, si je dois rester j'investirai. Et puis il sont déconné : Et je mettrai des rideaux aux fenêtres, et des géraniums aux appuis de fenêtre, et...
Ils ont ri parce que il n'est pas seul : ils sont nombreux à penser en semaines, en mois, en années.
Et moi, pendant ce temps, je récupérerai une clé USB ou un fichier. Et le lendemain, le ciel de Saint-Gilles sera bleu même si de fait, il ne peut pas le voir parce qu'un mur est à 30 cm de sa fenêtre grillagée.
On en parlera encore, on devra être nombreux, on devra être résistants et déterminés.
Et Brecht avait raison : quand ils sont venus pour moi... Quand ils sont venus pour moi, les camarades étaient là.
Il a dit "Vendredi, j'espère pouvoir vous rendre un maximum de ce qui vous a été pris, mais votre ordinateur, c'est peu probable"
Tout ce qui reste après leurs raffles, ce sont les idées.
Et les idées, monsieur Creedy...
Elle a pu le voir aujourd'hui : elle a dit qu'il était déçu que ce soit pas moi, mais qu'il ne l'avait pas dit : il est poli et elle aussi.
Alors elle a parlé de sa barbe : ça y est, il est barbu. Et ses boucles ont poussé.
Et coup de chance : il n'a pas acheté de tondeuse, il ne pourra donc pas se rater en faisant des trous dans sa chevelure.
On était 6 ce matin-là, ne reste plus que lui à sortir de là.
Et aucune excuse ?
Non.
Et aucun remboursement pour les jours de travail perdus ?
Non.
Et aucun dommage pour avoir retenu des gens innocents ?
Non.
Mais il a dit vendredi, et qu'il ferait de son mieux. Et je le crois sincère.
C'est tout ce qu'ils ont : la sincérité. Ni la conviction, ni les idées, ni la compréhension, ni le sens des responsabilités.
Pas la moindre envie de démissionner : Non. Que de la sincérité. Hitler aussi était sincère.
Il y a 40 ans, même plus, des graphistes ont créé un manifeste :
First things first. (L'important d'abord)
Ils s'engageaient à ne mettre leur talent qu'au service de choses justes.
Rick Poynor et d'autres ont ressorti le manifeste en 2000.
First things first : la sincérité n'est pas un critère de qualité : la conscience, seule, sert.
Il a dit vendredi, il fera de son mieux et je le crois sincère. Je pense que si j'étais fasciste, il m'aurait traitée avec la même amabilité.
01:54 Publié dans bourrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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