jun 18, 2008

2 hommes

Il n'a pas eu le moindre signe depuis 4 jours. Rien. Seul. Que des slips : pas de fringues, pas d'appel, rien. Deux avocats : pas de signe. Et on appelle. Et on se demande : est-il seul en cellule ? Peut-il avoir du courrier ? A-t-il reçu de l'argent ? Ca l'énerve. Dans une autre langue probablement. Quand on habite depuis si longtempsun pays dont la langue est autre  : est-ce qu'on s'énerve dans la langue maternelle ou dans la langue du pays choisi ? Il est libéré. Il est libérable. Il est en préventive. Par défaut. Et doit faire la preuve de son innocence depuis sa cellule, où personne ne peut le voir. On vient d'apprendre que quand la famille ou l'épouse est à l'étranger,  un détenu peut venir au nom de la famille.
Il aura fallu 11 jours pour qu'on nous le dise. Et de toutes façons, la juge a levé les restrictions, mais la prison a décidé que c'était pas la bonne manière de faire.

Il est en grève de la faim. Encore.  Il est en faute pour sa conditionnelle : il ne pouvait pas être en contact avec des détenus ou ex-détenus. Alors pour qu'il n'en voie pas, on l'a mis en prison, où ça se fait rare...
Bien sûr, si il sort et qu'un voyou au casier judiciaire vierge essaie de le faire plonger dans du banditisme, il pourra lui parler.
Mais des gens qui militent pour la solidarité : non. Que serait-il devenu si il n'avait pas croisé le dangereux progressiste ? Probablement qu'il aurait pas fait ce chemin, probablement qu'il serait la personne dont les journaux ont parlé.

 

jun 12, 2008

Une semaine après

Il était politisé déjà, un peu de force : toute sa famille était prolo, et consciente de l'être. Après il a fait des conneries. Genre "ben oui, faut bien gagner sa vie". Puis il a compris. Alors il a construit des liens. Alors il a vécu comme nous tous : en famille, en couple, avec des amis, des voyages, des lectures, des pots qu'on boit entre amis. Il a même personnalisé des couvertures de Martine avec des communisteries : il en a bien ri. Et moi aussi, ça m'a fait rire : Martine lit Le capital, Martine écrit une lettre au Che. On riait ici, face à l'ordi. On se disait qu'on en ferait un tee-shirt pour faire marrer les potes. Il a milité pour une solidarité internationale, en allant à des manifs, à des meetings. Il a été arrêté, puis libéré. Puis ils veulent quand même le garder.
Mais bien sûr, la presse n'en parlera pas.

Il était un jeune prolo mais pas politisé du tout. Il a bien déconné quand il était ado : il a joué au gangster. Alors que la prison fabrique des malades, des drogués, ou des vandales aguerris : lui a choisi de s'ouvrir au monde et de faire son chemin vers les autres. Il s'est politisé en prison, il est devenu progressiste, il a lu, il a étudié, fait attention à décoder les médias, suivi des cours. Puis il est sorti de taule.
Il a demandé à pouvoir aller à des réunions d'une organisation légale : on lui a refusé. Il a été têtu. Parce que aujourd'hui, c'est un homme qui a fini de faire des conneries, et qu'il préfère de loin être solidaire à être un gangster. Ca n'a pas plu à l'Etat. Aujourd'hui, il est en grève de la faim depuis 5 jours.
Mais bien sûr, la presse n'en parlera pas.

Elle a fait son boulot, elle travaille pour un média qui n'a pas la même ligne qu'elle : mais elle respecte le cadre. Elle ne demande pas à ses collègues si ils sont de gauche, de droite ou d'extrême droite. A priori toutes les tendances sont acceptées. Sauf que. On lui demande des comptes : pourquoi de gauche ? Elle remet les choses à leur place, elle bosse correctement et c'est tout. Elle a une vie, elle a une vision du monde. Son boss prend des mesures administratives "légales". Légal comme dans "organisation légale". Elle est en taule. Elle est libérée après enquête : que du vent. Mais ils font appel. Son boss parlera-t-il de la réintégrer ? L'administratif légal qui pousse dehors est bien pratique. A-t-elle son boulot en sortant ? Pas de déclaration d'intention chez l'employeur.
Mais bien sûr, la presse n'en parlera pas.

Il se rend de lui-même, pour que sa femme ne soit pas dérangée. Il y va. Il avait remis tous les papiers il y a des années. Le formulaire bleu, le rose, le vert, en douze exemplaires. Des témoignages : les voisins, les patrons, les amis, les collègues. A chaque étape, de nouveau une demande. Il fait tout pour s'intégrer. Il a porté les rouleaux de laine de roche pour mon toit. Il a fait le déménagement d'un membre de ma famille. Il est l'image pour moi de la sécurité. J'aimerais l'avoir dans la rue le soir près de moi : il est juste, posé et solide. Il se rend ce jour-là. Il a été libéré. Mais ils veulent le garder.Il parle encore mal le français, j'espère qu'il aura un traducteur.
Mais bien sûr, la presse n'en parlera pas.

Il a changé ma vision du monde. Il m'a appris le sens des mots dont des gens rient : comme camarade. Comme dans "Quand j'ai été enlevée jeudi dernier, mes camarades ont cherché à me joindre dès 6h du matin, me trouver, me donner un avocat, contacter ma famille". Il m'a fait chier à vouloir plus de rouge ici, et moins de vert là. Il a changé le bac du chat. Il s'est tapé des vacances que je finirais par regretter. Il m'a donné envie de le frapper des fois : j'aime Baricco et je t'emmerde ! Ils l'ont traité n'importe comment. Ils disent "il est gentil", "il est fort, ne t'inquiète pas". Ils disent que c'est normal tout ça. Mais ça ne l'est pas. Il n'est harneux que quand l'imprimante cale, il travaille tout le temps, mais souvent pour les autres. Il est têtu, mais il est droit. Et quand il parle, il ne dit pas ce qu'il ne pense pas.
C'est si simple que c'en est désarmant : il exprime les choses trop franchement parce que si c'est comme ça, c'est comme ça.
Mais bien sûr, la presse n'en parlera pas.

Moi, j'ai juste une image et des bruits. L'échaffaudage qui tremble,  des lampes en bas, et une arme braquée sur moi. Vite compris. Souvenir des images de torture en Espagne : je connais un bout du pire qui peut arriver. Plus tard, j'entends des noms à la radio néérlandophone chez eux : je commence à craindre le pire. J'ai vu comment ils s'y sont pris il y a 20 ans, j'ai vu aussi ces dernières années : on parle, on négocie, on finit par voir les mensonges à la télé. Je sais le sensationnel. Je sais le mensonge. Je sais la lâcheté des médias. Alors j'ai peur : peur que ça devienne du n'importe quoi, et moi je suis là et je suis bloquée. Sans nouvelles. Sans information. On ne m'accuse de rien mais on me pose des questions. On me laisse partir 11 heures après. Sans me présenter d'excuses ni sur la forme ni sur le fond. Sans regretter "Ils font leur travail". Et hier, un de mes proches m'a dit : faut arrêter avec ces âneries. L'indifférence, l'oubli.
Il y a une semaine je dormais.
Dans 2h, ma maison est occupée par des exécutants qui ont le pouvoir de me surveiller (ils demandent "Avez-vous un blog sur lequel vous exprimez vos idées?"), me "terroriser", prendre chez moi ce qu'ils veulent.  Et confirmer ce que je sais : je n'ai aucun recours face à ça.

Les lois anti-terroristes privent les filles de leurs chats.
Les lois anti-terroristes sont un danger pour les droits humains les plus fondamentaux.
Les méthodes particulières de recherche sont la porte ouverte à toutes les dérives et à tous les abus.

Ils faut qu'ils sortent !

www.secoursrouge.org 

mai 28, 2008

Son et lumière

Le gros boum à répétitions durant la nuit; la petite se noie dans les bras de papa, le pyjama froissé et les traits tirés. Et loin, la musique accompagne les éclairs.


podcast


 bonne journée

mai 21, 2008

j'ai travaillé alors

1272934078.jpg

mai 16, 2008

wim

yes

C'est un cadeau.
Da.

C'est notre accord
à l'amiable.

mai 12, 2008

Les bruits de pas

885411370.jpg

mai 09, 2008

La chambre à chacha

Quand je disais la chambre à Charles, le chat a dû mal comprendre.

1239845713.jpg

Les joies de la colocation

Bon alors, j'arrive, je me dis que quand même je vais nettoyer un peu cette salle-de-bains parce que on y a été à quatre (oui, je compte le chat); et alors, je nettoie le sol, et puis bon, la baignoire (petite heureusement) et puis uuuurk, je soulève la planche des chiottes (pourquoi les filles doivent-elles soulever cette planche ?), et puis tant que j'y suis je nettoie le palier et les escaliers. Mais pas la rangée qui amène au second, pour qu'il soit pas embarrassé parce que bon, l'idée c'est pas de le lancer dans le nettoyage. Alors là, je me rends compte que je dois prendre un produit en bas, j'y vais : il me dit : Je suis un célibataire, donc je suis pas trop, non, je suis pas du tout le genre à récurer. Donc, tu dois me dire ce que je dois faire : tu me dis fais ça, et je le fais.

Moi qui ne suis absolument pas célibataire, je suis pas trop, non, je suis pas du tout le genre à récurer.
Mais j'acquiesce : oui, oui, on fera des listes.
Je remonte.
Je nettoie, donc.
Il appelle : Tu veux des pâtes avec de la sauce tomate/ricotta ?

Après, il m'a demandé où il y avait une bulle à verre : je sens que ça augure un vidage de la zone bouteilles au fond de la cuisine.
Très bien.

Le (la) prochain(e) coloc', j'essaierai de trouver soit qui fait les terrasses, soit qui fait des robes.
Faut varier.

 

avr 29, 2008

La promesse au tyran

394480808.jpg

avr 19, 2008

La Terre

Ne perds pas de temps, ces mots sont bleus

J'aime aujourd'hui un peu plus la terre sur laquelle se construisent nos souvenirs. Un bout de tissu, un moment de salle-de-bains. Un coup d'audace pendant lequel on a retrouvé un peu de ce qui nous appartient.

Toutes les notes